L’homicide-suicide (un acte d’homicide, suivi du suicide de l’auteur des faits, dans un délai très bref) est un acte rare. Les proches des différents protagonistes de l’homicide-suicide éprouvent du désarroi, de la perplexité et souvent une grande incompréhension quant aux motivations de l’auteur du drame. L’enquête judiciaire permet le plus souvent de mettre en lumière les modalités du drame, mais les motivations de l’auteur des faits sont le plus souvent inconnues du fait du suicide de ce dernier.
1. REVUE DE LA LITTERATURE
1.1. Définition et incidence annuelle
L’homicide-suicide est défini par un acte d’homicide, suivi du suicide de l’auteur de l’homicide dans un délai très bref, en général de quelques minutes à quelques heures, mais moins d’une semaine [1]. Son incidence est stable depuis un demi-siècle : de 0,26 à 0,46 cas par an pour 100 000 personnes [2].
1.2. Caractéristiques de l’auteur
L’auteur d’un homicide-suicide est dans plus de 90 % des situations un homme, âgé en moyenne de 40 à 50 ans, aux antécédents criminels rares [3]. Le fait d’avoir un emploi ne constituerait pas un facteur de protection [4].
1.3. Caractéristiques de la victime
La victime est le plus souvent une femme, conjointe ou ex-conjointe de l’auteur des faits, dans 88 % des situations [5].
1.4. Type de relation entre l’auteur et la victime
Les homicides-suicides regroupent néanmoins des situations contrastées. Il convient de différencier les homicides-suicides de type familial, des homicides-suicides de type extra-familial [6]. Les homicides-suicides de type familial concernent ceux qui surviennent entre conjoint, les filicides-suicides ou encore les familicides (lorsque toute la famille disparaît). En ce qui concerne les homicides-suicides entre conjoints, le sous-type possessif est différencié du sous-type conjoint âgé et souffrant. Le sous-type conjoint âgé et souffrant concerne typiquement un couple dont les membres ont une santé qui décline, ou encore un conjoint donneur de soins auprès de son conjoint malade. Il concerne plus particulièrement des conjoints âgés, qui ne sont pas en conflit, le geste peut être précipité par l’aggravation de l’état de santé.
Les situations rencontrées comportent [7] :
70,5 % de types entre conjoints ;
10,5 % d’infanticides ;
8,7 % de type extrafamilial ;
6,5 % de familicides.
1.5. Moyens utilisés
Le moyen utilisé diffère selon le pays étudié. Dans les études américaines, l’auteur des faits utilise le plus souvent une arme à feu pour tuer la victime (75 % à 94 % des situations [8]). En Chine, les moyens utilisés sont le plus souvent l’étranglement, l’utilisation d’une arme blanche ou l’empoisonnement, tandis que l’utilisation d’une arme à feu est beaucoup plus exceptionnelle [9]. En France, l’arme à feu semble le moyen le plus utilisé, tant pour l’homicide que pour le suicide [10].
1.6. Lieu de la situation criminelle
L’homicide-suicide a le plus souvent lieu au domicile des protagonistes, rarement à l’extérieur.
1.7. Particularités de l’homicide-suicide du sujet âgé
Une étude américaine a mis en évidence les spécificités liées à l’âge, en comparant les auteurs d’homicides-suicides âgés de moins de 55 ans à ceux âgés de plus de 55 ans [11]. Les situations d’homicides-suicides des sujets âgés de plus de 55 ans se distinguent par la présence d’affections médicales plus fréquentes et des antécédents de violences plus rares chez les auteurs des faits. Dans les deux groupes, l’auteur est le plus souvent un homme, la victime une femme, tandis que l’auteur est souvent plus âgé que la victime (en moyenne de 4 ans).
Des troubles psychiques sont fréquemment retrouvés chez les auteurs âgés de plus de 55 ans (épisode dépressif, dépendance à une substance) et 15 à 24 % d’entre eux avaient évoqué auprès de leur entourage leur intention de commettre un suicide. Aucun antidépresseur n’est retrouvé dans les deux groupes étudiés, ce qui suppose qu’un éventuel épisode dépressif présent avant le drame était mal dépisté ou mal traité.
Pour certains, tout homme âgé de plus de 60 ans, présentant des idées suicidaires, doit alors être considéré à risque de réaliser un homicide-suicide [12] .
2. ASPECTS PSYCHOPATHOLOGIQUES
Les motivations de l’auteur d’un homicide-suicide sont le plus souvent inconnues du fait du suicide de l’auteur. Ces motivations, ainsi que les personnalités des protagonistes, l’histoire du drame, ne peuvent être supposées lors de l’enquête judiciaire que sur la base des témoignages des proches. L’auteur des faits laisse rarement une lettre qui explique ses motivations (27 % des situations [13]).
Pour C.M. Milroy, l’intention suicidaire précèderait l’intention d’homicide [14]. Les motivations de l’auteur seraient le plus souvent marquées par la jalousie ou la vengeance, tandis que le suicide par remord serait plus rare. L’homicide-suicide est alors considéré comme un suicide « étendu », différencié de l’homicide seul.
De même, A.-S. Chocard considère l’homicide-suicide comme « une unité psychopathologique différenciée », un passage à l’acte « à la fois auto et hétéro-destructeur » (et non comme une « succession de séquences temporelles nosologiquement différenciables ») [15]. A.-S. Chocard souligne plusieurs facteurs à l’origine du passage à l’acte : une absence d’élaboration mentale, un lien privilégié entre les protagonistes et une agressivité. L’absence d’élaboration mentale est fréquemment retrouvée chez les personnalités ayant une propension aux passages à l’acte et n’est pas spécifique à l’homicide suicide. A.-S. Chocard souligne que le lien fréquemment rencontré entre les protagonistes de l’homicide-suicide est souvent « immature, de type anaclitique » : « le sujet éprouve à l’égard de son objet un désir contraignant et ambivalent », au point que « la crainte de perdre l’objet entraîne chez le sujet « anaclite » une jalousie majeure, du ressentiment, de la colère ou de la haine, en même temps qu’un profond désarroi ». La dimension agressive serait quasiment constante, consciente ou inconsciente », parfois cachée sous des motivations « pseudo-altruistes ». A ces éléments dynamiques s’ajoutent des « éléments contextuels » (par exemple une rupture) entraînant une « tension émotionnelle intense et durable » et une « perturbation des facteurs de conscience et de vigilance » précipitant le passage à l’acte.
CONCLUSIONS
Les homicides-suicides regroupent des situations contrastées. La psychopathologie des auteurs est limitée, la personnalité de l’auteur ne peut faire l’objet que d’hypothèses rétrospectives.
Toute différence avec les habituelles caractéristiques épidémiologiques décrites dans la littérature, ne doivent pas bien entendu faire élaborer des hypothèses particulières sur les motivations de l’auteur, mais doit néanmoins attirer l’attention des enquêteurs sur la situation.
Ces actes étant rarissimes, les études devraient impliquer la participation sur de longues périodes de plusieurs centres, en bonne collaboration avec le système judiciaire.
Enfin, le terme de suicide-homicide serait plus approprié que celui d’homicide-suicide, compte-tenu de la séquence temporelle et de la psychopathologie.


