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De la Préhistoire au Moyen Age occidental

Le souci de soigner est aussi vieux que la maladie ; on ne peut dissocier l’art de soigner de l’environnement socio culturel et du niveau d’éducation.

REPERES PRÉHISTORIQUES

L’archéologie nous enseigne que dans les temps préhistoriques on pouvait observer une forme de médecine, intuitive, avec par exemple des trépanations, dont on peut se demander si elles étaient thérapeutiques ou rituelles ? En faveur d’une dimension thérapeutique, celles pratiquées du vivant du sujet, avec cicatrisation ; de même l’immobilisation des membres blessés.

LES PRATIQUES MÉDICALES PRE HIPPOCRATIQUES

La médecine ne pouvait alors être qu’empirique et intuitive ; il fallait mettre en relation des choses aussi simple que alimentation défécation, boisson urine, acte sexuel gestation. Les maladies étaient attribuées à des forces étrangères et invisibles, impossibles ou difficiles à maîtriser, donc magiques : les dieux ...
Dans le même temps que s’établissent des rapports avec la maladie, l’homme accède à une forme de métaphysique dans son rapport à la mort.
C’est l’apparition des premières sépultures, vers – 50000, avec rites, sacrifices, offrandes, pensée magique...
L’étude de ces sépultures permet d’approcher l’état sanitaire des populations ; les pathologies les plus fréquentes (décelables) étaient : caries, arthrose, infections, traumatismes.
Dans une sépulture israélienne datée de -3600 a été retrouvé un squelette avec une amputation de main cicatrisée. Dans une sépulture du néolithique datée de -5000 en alsace a été observée une trépanation suivie de guérison ; il existe plusieurs autres cas documentés pour cette période. Au néolithique final, plus de la moitié des sujets survivait à l’intervention. Les observations réalisées dans les sociétés traditionnelles sub-actuelles retrouvent deux motivations : thérapeutiques après choc direct, magico thérapeutiques en cas de céphalées, d’épilepsies, de troubles psychiatriques.

L’ORIENT MEDITERRANNEEN

C’est l’écriture, qui marque le passage de la préhistoire à l’histoire : l’écriture sumérienne cunéiforme, destinée initialement, pense-t-on, à gérer les stocks de marchandises. Nous sommes aux alentours de -3000. Des périodes antérieures ne restent que des témoignages tirés de l’observation des sépultures, des peintures.
Tout commence à Babylone : la médecine y est sacerdotale, encadrée par des dieux médecins. A l’époque, une épidémie correspondait à l’activité dévoratrice d’un dieu. On a pu retrouver des prescriptions.
Puis, le sacerdotal va céder peu à peu la place au laïc, avec diminution des incantations et premières observations médicales. Le médecin est déjà distingué du chirurgien.

HAMMURABI : 1700 environ

Ce passage du sacerdotal au laïc est en quelque sorte confirmé par le code de ce souverain, visible au Louvre, sur lequel est consignée de la jurisprudence relative aux honoraires des médecins, aux sanctions « pénales » pour faute professionnelle ou accident thérapeutique, à la déontologie, aux barèmes d’invalidité… Ces décisions étaient censées servir de guide aux sujets.
On a également retrouvé des tablettes d’argiles assyriennes, contenant des informations de ce type.

MÉDECINE EGYPTIENNE PHARAONIQUE

La médecine est d’abord sacerdotale, puis laïque, avec des médecins « fonctionnaires » agissant par délégation du roi. Il reste une importante iconographie (papyrus Smith et Ebers, déchiffrés au XIX et XX° siècle), des écrits, des instruments, des momies. Là encore, les dieux ont le pouvoir de guérir.
Imhotep, au début du troisième millénaire est le fondateur de maisons de vie ou premières écoles médicales ; sous les pharaons, les médecins sont des fonctionnaires nationaux, entretenus aux frais de la société, avec une réglementation très stricte. Le pouvoir médical reste un savoir divin, transmis aux hommes qui n’en sont que les dépositaires et les exécutants. Cette médecine avait grande réputation à l’étranger, on y trouve les premières ébauches de raisonnement médical, fait de propositions, déductions : signes, diagnostic, pronostic.
Les connaissances d’anatomie sont sommaires, la dissection humaine interdite, la physiologie inconnue. Le centre de l’intelligence est censé être dans le ventre, et le foie a une grande importance en tant que source de sang. A l’origine de tout est le « souffle de vie » ; le corps sain est un équilibre de liquides et de souffles circulant librement dans les conduits, « met ».
La médecine Egyptienne comporte des spécialités, telle l’ophtalmologie, avec utilisation de collyres, à base de sulfate de cuivre, sulfure de plomb, antimoine. Les troubles psychiatriques et l’alcoolisme font déjà l’objet de descriptions, de même que les accidents vasculaires cérébraux, et l’angine de poitrine.
Les prescriptions nous paraissent aujourd’hui fantaisistes, à base de poil de bouc, de peau de caméléon, de farine pourrie, mais on trouve des drogues plus rationnelles, pas moins de 250 variétés végétales. L’hygiène est déjà une préoccupation.
On retrouvera chez Hippocrate des recettes intégralement recopiées sur celles du papyrus Clasberg.

L’AGE GRECO ROMAIN

Commençons par un dieu grec, Asclépios, né en 1260 av-JC, d’abord prince, puis divinisé, qui soignait par la parole, les simples (plantes), et le couteau. Il deviendra Esculape pour les romains. Celui-ci est symbolisé par le caducée, bâton du dieu de la médecine, entouré du serpent, animal familier de ce dieu, et auquel on attribuait un pouvoir guérisseur. D’autres sources plus anciennes en font l’emblème d’Hermès (-2700).
Il existait alors des sanctuaires médicaux, les asklépeions, tenus par des prêtres médecins, équivalents de maisons de cure. Ces sanctuaires vont persister jusqu’à la fin de l’antiquité comme à Pergame par exemple. Ils font une grande place à l’eau. Ce sont parfois de vrais établissements de cure thermale. L’eau a des pouvoirs oraculaires et guérisseurs : elle sort des entrailles de la terre comme le serpent. On y vient de toute la Grèce (asclépéion d’Epidaure). Le malade y dort, et fait des rêves oraculaires que les prêtres interprètent le lendemain, lui donnant le chemin de la guérison. Une grande place est donnée à l’hygiène, on agit sur le corps et le psychisme.
L’enseignement de la médecine se fait essentiellement au sein des familles, en milieu fermé. Il existe cependant quelques médecins laïcs ; les honoraires varient en fonction du client.
A Athènes existe un impôt de santé publique, le iatricon.
Du temps d’Homère, VIII° Siècle av-JC, la mort subite, aussi bien que la maladie chronique sont d’origine divines, dues à l’impureté d’un sujet, ou à la transgression d’un tabou. Cependant, les anciens avaient perçu :
- le caractère saisonnier des fièvres,
- l’influence de l’hérédité et du terrain,
- l’importance de l’environnement sur les maladies.
Avant Hippocrate, une révolution s’est déjà amorcée, due en grande partie aux philosophes qui abandonnent le concept métaphysique de la maladie et le remplacent par un concept naturaliste et fonctionnel. La maladie est en quelque sorte récupérée par la nature, et devient une perte d’équilibre.

HIPPOCRATE : né en 460 à COS

Dix huitième descendant d’ASCLEPIOS (ESCULAPE) par son père, descendant d’Héraclès par sa mère, il fait donc partie de la famille noble des Asclépiades. Ce terme est parfois employé dans un sens élargi pour désigner l’ensemble des médecins. Dans un sens plus restrictif, il désigne les descendants des deux fils du dieu. Cette famille jouissait de privilèges, tels qu’une priorité pour consulter l’oracle de Delphes.
Hippocrate passe pour être le père de la médecine moderne. Il s’inscrit en fait dans une lignée de médecins. Certains s’étaient rendus célèbres, ayant pu jouer un rôle prééminent dans la cité.
Il s’est rendu célèbre de son vivant, pratiquant la médecine, mais l’enseignant également, cristallisant autour de son nom de nombreux écrits. Il vit dans une époque d’intense activité intellectuelle, dans tous les domaines : c’est entre autres la naissance du rationalisme et de l’humanisme au sens large de la réflexion de l’homme sur lui-même et sur sa condition. La médecine se transmettait alors à l’intérieur des familles, il n’y avait pas d’enseignement organisé par la cité, ni de titre pour exercer. « Les enfants apprenaient de leurs parents, dès l’enfance, à disséquer, comme à lire et à écrire » dira Galien six siècles plus tard.
La formation d’un bon médecin englobait la rhétorique et la philosophie.
Instruit par sa famille, on dit qu’Hippocrate donnait ses consultations en dehors du temple d’esculape, sous un platane. Il devient rapidement connu, à l’intérieur et en dehors des frontières. Il se marie et aura deux fils qui deviendront médecins, et une fille qui épousera un médecin.
Il part vers 420, après la mort de ses parents, pour la Thessalie. Diverses indications laissent à penser qu’il a exercé dans plusieurs villes, se déplaçant avec ses élèves. Il refusera d’aider l’ennemi, même contre de fortes sommes d’argent. C’est un contemporain de Platon (427-347). Grand voyageur, épidémiologiste, il a laissé le corpus hippocratique (72 livres qu’il n’a pas tous écrits). L’age de sa mort est imprécis, entre 85 et 100 ans. Il se transforme après sa mort en héros guérisseur.

On peut résumer ainsi l’apport d’Hippocrate :
- il achève d’affranchir la médecine des influences sacerdotales, ou philosophiques. Pour cela, il démontre la primauté de l’expérience sur le raisonnement. Il se distingue par son indépendance d’esprit vis-à-vis des idées reçues, son goût pour la connaissance rationnelle. « Le raisonnement est louable, s’il est fondé au départ sur un phénomène naturel ». « Chaque maladie a une cause naturelle ». Il démystifie l’épilepsie, ou « mal sacré ».
- il ouvre l’enseignement de la médecine ; en effet, il va réformer la transmission du savoir médical. L’enseignement s’ouvre à des disciples extérieurs à la famille ; rompant avec la tradition, il nécessite des garanties morales et financières, et ce sont ces garanties que l’on trouve en fait dans la première partie du serment. Hippocrate y définit une éthique et une morale professionnelles, dans la seconde partie. Il pose ainsi les bases de la déontologie, fait des réflexions sur l’apprentissage, s’oppose aux ignorants et aux charlatans. Il soigne sans distinction de personne, de sexe, de race, de statut social. Il faut garder à l’esprit que le serment est étroitement lié à cette révolution que constitue l’ouverture de l’école médicale. C’est avec Hippocrate que cette ouverture prend une ampleur sans précédent. Il évoque les limites du savoir, le recours aux confrères, l’argent.
- il pose des principes d’éthique : il avance une éthique médicale élevée, humaniste, dont le premier principe est de ne pas nuire : « primum non nocere ».
- il pose les bases de l’observation clinique rigoureuse, de l’évolutivité et du raisonnement. Il décrit les maladies avec un œil neuf. Il nous a laissé le schéma de l’examen clinique : interrogatoire, inspection, palpation, percussion, auscultation. Préconise les examens itératifs. Il intègre le sujet dans son environnement, parle de diététique et d’hygiène (climatologie, anthropologie, mais aussi ethnologie du médecin itinérant). Il soigne par les plantes.
- il intègre le sujet dans son environnement,
- il laisse une œuvre écrite importante : le Corpus hippocratique écrit en grec, rassemble vraisemblablement des productions d’auteurs et d’époques différents.

Doté de peu de moyens d’investigations, il laisse une œuvre pleine d’inexactitudes, d’approximations et d’erreurs. Hippocrate n’aurait jamais pratiqué de dissections.
Il confond par exemple nerfs et tendons, et pense que le cerveau est une glande chargée de débarrasser l’organisme des humeurs superflues, car celles-ci s’accumulent, provoquant épilepsie, apoplexie, délire. Mais il pressent cet organe comme le siège de l’intelligence et le réceptacle de la sensibilité, ainsi que le centre moteur de l’organisme. Il observe sans l’expliquer le croisement des voies pyramidales : lésion d’un coté, symptômes de l’autre.
Il ne fait pas la distinction entre artère et veine, n’utilise pas le pouls artériel.
Il ne pratique pas la dissection, et est donc obligé de procéder par analogies, aussi bien en anatomie qu’en physiologie ; il avance la théorie des quatre humeurs : sang, phlegme, bile jaune et bile noire ; il y a santé quand ces quatre humeurs sont équilibrées et mélangées. Il y a maladie quand l’une d’entre elles s’isole et se met à « fluer », causant une double douleur, à l’endroit qu’elle quitte et à l’endroit ou elle se fixe. Ainsi, dans le coryza, un flux ou « rheuma » sort à travers les narines, d’un endroit qui ne peut être que plus élevé : ainsi nous est resté le « rhume de cerveau ». Il a fourni des descriptions encore valables à ce jour pour épilepsie, tétanos, migraine ophtalmique, tuberculose pulmonaire, cancer.
Il a écrit également des « aphorismes » comme : « un homme qui a saigné devient pâle ».
_ Hippocrate sera très admiré par ses successeurs. Vénéré, à tel point que, au lieu de fournir une base pour un progrès, son œuvre va se figer dans un dogmatisme étroit.

Le Lycée d’ARISTOTE ( 384/ 322) philosophe et médecin, anatomiste

Aristote, fils de Nicomaque, naît à Stagire sur les bords de la mer Égée. Se lie d’amitié avec le père du futur Alexandre. Part à Athènes à 17 ans, devient élève de l’Académie de Platon. Il en part à la mort de celui-ci, sur l’île de Lesbos. En 343 devient le précepteur d’Alexandre. Il fonde ensuite le Lycée.
Ses travaux : Aristote est resté célèbre pour ses travaux d’anatomie, et il a pressenti l’importance du cœur comme organe majeur, où se forme le sang qui est rafraîchi par l’air venant des poumons. Il entrevoit également le rôle de filtration des reins. Il dit qu’il n’y a pas d’organe inutile ; confond artères et veines, il avance la théorie du pneuma.
Le Lycée est un espace de rencontre de savants et de chercheurs, qui va s’exporter à Alexandrie, après la mort d’Aristote et par l’intermédiaire de ses élèves (Démétrios de Phalère, élève de Théophraste, disciple et successeur d’Aristote à la tête du Lycée), sous la protection des Ptolémées (Ptolémée Soter, général d’Alexandre, qui après sa mort se fait pharaon en 303).
Ptolémée I°, pharaon, veut faire de sa ville un grand centre culturel et intellectuel, lieu universel, capable de supplanter la suprématie intellectuelle d’Athènes. Il y attire des manuscrits et des savants. En plus d’un élan généralisé en faveur de la recherche, on assiste à l’émergence d’un nouveau cadre professionnel pour le médecin, jusqu’alors praticien itinérant dépendant de son succès auprès des patients. C’est la mise à disposition de lieux, de temps et de livres, d’où une ouverture d’esprit et un goût pour l’innovation, mais aussi une théorie médicale plus ou moins détachée de la pratique. C’est le 3ème siècle AV JC, dynastie des PTOLÉMÉES, rayonnement de l’école d’ALEXANDRIE, lieu d’échange entre différentes cultures. Les dissections humaines sont autorisées, de même que la vivisection sur les condamnés à mort. Celles-ci seront pratiquées pendant quelques dizaines d’années, puis survient une dégradation de ce climat propice à la recherche, retour de l’interdit religieux, et pour finir, expulsion des intellectuels d’Alexandrie au milieu du II° siècle avant JC. Cette organisation du savoir tend à diviser les médecins en un groupe de chercheurs de haut niveau appartenant à des classes sociales supérieures, et un groupe persistant de praticiens itinérants moins considérés. L’autorisation des dissections humaines va permettre d’importants progrès en anatomie. Ecole et bibliothèque seront détruites en 47 av JC et 391 ap JC. Son rayonnement diminue à partir du III° siècle, elle disparaîtra en 642, après la conquête arabe. On dit que la bibliothèque était riche de plus de 500 000 papyrus. C’était un premier exemple de tentative de sauvegarde du patrimoine de l’humanité.

Quelques noms :
- PRAXAGORE : -300 ->… fait la distinction entre veines et artères, en fonction des fluides qu’elles contiennent. Il assimile nerfs, tendons et terminaisons artérielles.
- HEROPHILE, ( 330/ 260 environ) restera célèbre pour ses travaux d’anatomie : il réalise les premières dissections humaines autorisées par Ptolémée, ainsi que les vivisections sur condamnés à mort. Il identifie le système nerveux, le distinguant des tendons et des artères ; il distingue deux sortes de nerfs : les nerfs « décisionnels », durs et élastiques, responsables des mouvements, et les nerfs sensoriels remplis de pneuma. Il décrit le système cardio vasculaire, mettant en relation veines contenant du sang, artères contenant du pneuma et cœur. Il élabore une théorie du pouls, remarque une corrélation avec la fièvre, fabrique une sorte de thermomètre à eau. Il se conduit en observateur impartial, c’est le fondateur de l’anatomie ; il refuse de s’intéresser à la théorie des éléments, protégeant ainsi la médecine de la philosophie. On lui reprochera cependant d’avoir élaboré une théorie médicale plus ou moins détachée de la pratique, sans être passé aux implications cliniques de toutes ces découvertes. En effet, il est resté très traditionnel dans sa pratique clinique, ce qui alimenta la critique et fit conclure que l’anatomie ne servait à rien… d’où une extinction progressive de son école, abandon de l’anatomie et retour à la médecine hippocratique.

ERASISTRATE, ( 330/ 250)

Contemporain du précédent, a pour ambition de réorganiser le savoir médical. Il distingue d’une part l’anatomo physiologie qui est un savoir certain, et d’autre part la clinique, qui serait une « approximation probabiliste ». il met en rapport le développement de l’intelligence et la complexité des circonvolutions cérébrales chez l’homme, par comparaison avec celles des animaux. Il réalise les premières approches de neurophysiologie, décrit le cerveau, le cervelet et le tronc cérébral, les nerfs moteurs et sensitifs. Il envisage l’organisme comme un système elastico fluide, actionné par des fluides sous pression, contenus à l’intérieur de conduits capables de se dilater et de se contracter. Il s’inspire des technologies de l’époque que sont l’artillerie à ressort et les dispositifs pneumatiques. Il découvre les valves cardiaques, et conçoit le cœur comme une double pompe équipée de valves unidirectionnelles, cette pompe expliquant par son fonctionnement tous les processus organiques majeurs. Mais il réfute l’hypothèse du sang dans les artères, qui ne peuvent contenir que du pneuma. Il considère l’existence de trois systèmes ; sang, pneuma psychique, pneuma animal. La santé correspond à l’étanchéité de ces trois systèmes. Il invente les capillaires comme moyen de communication nécessaire entre eux, en cas de pléthore, qui devient le seul facteur de déséquilibre. Au contraire d’Hérophile, il aurait fait de la chirurgie. Il entreprend d’étudier les lésions, autrement dit l’anatomie pathologique, ce que personne n’avait fait antérieurement. Bien que critiquée, son école vivra jusqu’à l’époque de Galien. La reconstruction de la médecine à partir de la révolution anatomique n’a pas été achevée.
Puis c’est une phase de quiescence ; des sectes médicales vont apparaître à Alexandrie et se propager dans le monde romain. On entend par secte un groupe qui se laisse conduire, accepte un enseignement, une sorte d’école. Développement de sectes empiriques, qui contestent la valeur de l’anatomie, prônent de « se fier au fait, se vouer à l’action » ; « ce qui importe, ce n’est pas ce qui produit la maladie, mais ce qui la chasse ». Toute recherche est abandonnée.

LA MEDECINE ITALIQUE

Dans le même temps, vers -200, la puissance de Rome augmente, sa domination s’étend sur l’Europe et le moyen orient. Cette puissance repose sur une administration très structurée et sur l’armée.
Il n’y a pas de réelle médecine romaine ; à Rome, la médecine est méprisée, exercée par les esclaves et pour des gestes limités. En fait, la médecine va arriver à Rome par les médecins grecs. Le culte d’Esculape est introduit en -293 à l’occasion d’une épidémie de peste. Pourtant, on sait que le savoir ophtalmologique est important, transmis par les égyptiens et les grecs. Aussi bien au niveau des collyres que des instruments chirurgicaux.
Parmi les théories de l’époque, le pneumatisme : « l’existence des êtres est régie par un souffle vital ».

Quelques noms :
- ASCLEPIADE DE BYTHINIE : l’être humain est composé de particules élémentaires, de formes diverses ou atomes.
- SORANOS D’EPHESE : I° siècle après JC ; fondateur de la gynéco obstétrique, conteste l’existence de l’hymen ;
- ARETEE DE CAPPADOCE : marche sur les traces d’Hippocrate, décrit les maladies et l’entrecroisement des fibres du système nerveux. Il se comporte en clinicien objectif et éclairé, indépendant de toute école, et libre de tout sectarisme.
- PLINE & CELSE (début du premier siècle) sont des encyclopédistes, mais Celse aurait fait quelques découvertes anatomiques. Le débat perdure : ces médecins n’étaient ils que les collecteurs des savoirs passés, ou ont-ils enrichi de leurs découvertes l’œuvre des précédents ?
- GALIEN naît en 131 à PERGAME en Asie mineure, en pleine expansion de l’Empire Romain. Il y a eu peu de progrès en matière de connaissances médicales depuis Hippocrate. Il est issu d’une famille de notables et sera toujours décrit comme très imbu de lui-même. A 14 ans, il étudie la philosophie, à 17 ans, à la suite d’un rêve (de lui ou de son père), il décide de s’adonner à la médecine, puis voyage pendant dix ans ; à 28 ans, il revient dans sa ville natale où il devient médecin des gladiateurs et fait de la chirurgie pour laquelle il sera renommé. Il est lui-même de santé fragile.
En 163, il s’installe à ROME où il soigne et il enseigne. A cette époque, à Rome, quiconque peut exercer la médecine qui est méprisée ; très mondain, il s’entoure d’une clientèle riche, et se livre en public à des démonstrations de physiologie expérimentale. C’est cependant un homme désintéressé.
Grand travailleur, il aurait écrit 500 ouvrages !!! Dont nous restent 83. Il expose dans un premier temps l’œuvre des anciens, puis critique et oppose les différentes théories qui l’ont précédé. Il souligne l’importance de l’interrogatoire, de la description des symptômes qui mène à l’organe malade.
Il reconnaît au corps humain quatre constituants : le sang, la bile, l’atrabile et la pituite correspondant aux quatre éléments constitutifs de l’univers : l’eau, l’air, la terre, le feu. Il commet également des erreurs : le sang veineux en provenance des intestins et du foie parvient au cœur droit par les veines, puis passe directement dans les cavités gauches où il se mélange avec l’air venu des poumons. Il démontre que chez les animaux vivants, les artères contiennent du sang et non de l’air. Il a donc vérifié et complété des descriptions anatomiques des anciens. Il a surtout autopsié des animaux, et notamment des singes, faisant des analogies abusives. Il fait des descriptions osseuses, musculaires, des nerfs crâniens IX et XII, les nerfs spinaux, les racines sensitives et motrices, le phrénique ; il émet des hypothèses neurophysiologiques sur l’innervation du larynx, l’œil, l’oreille. Il fait de la physiologie expérimentale, réalise des sections de moelle chez l’animal.
Il observe et fait une classification physiologique des maladies qui se développent en quatre stades : début, développement, état, terminaison. On lui doit aussi les quatre signes de l’inflammation.
Ses prescriptions sont traditionnelles et la pharmacie galénique compte 473 produits d’origine animale. Il élimine les prescriptions fantaisistes, et aurait découvert les opiacés. En fait, l’opium est présent dans l’atlas de Dioscoride (I° siècle).
Son œuvre sera résumée dans « ars parva ».
Libéré du polythéisme des anciens, il laisse transparaître sa croyance en un dieu unique et cherche même à faire entrer sa description dans un système métaphysique finaliste et monothéiste : « la nature ne fait rien en vain ». Mais cette époque voit le retour en force de la croyance dans le surnaturel, contemporain du développement du christianisme. Lui-même croit aux rêves prémonitoires, à l’astrologie divinatoire.
Son oeuvre va se figer dans un dogmatisme étroit menant à l’immobilisme, d’autant plus que l’ensemble cadre parfaitement avec le dogme chrétien, il sera vénéré jusqu’au XV° siècle. Son œuvre est considérée comme achevée, et malheur à qui s’en écarte !

Une nouvelle période de décadence… ou de stagnation médicale s’amorce ; on ne trouve plus que quelques compilations d’auteurs divers. Après Galien, la médecine antique n’est plus créatrice, elle traduit, compile, résume : c’est un art de conservation.

LE MOYEN-AGE : 450-1450

Est marqué par l’expansion du christianisme. L’éclatement de l’empire romain aboutit au morcellement des terres, au déclin des villes qui ne jouent plus le rôle administratif et civilisateur que Rome leur avait assigné. Ce sont les invasions barbares… L’éducation, dans la Rome antique visait à former des hommes de loi et des administratifs. Pour accéder aux domaines philosophiques et scientifiques, il fallait apprendre le grec. Peu à peu, la connaissance du grec devient très rare en occident.

Du fait des invasions et de la décadence de l’Empire, l’administration devient de plus en plus rudimentaire, c’est donc le déclin des villes, la disparition des écoles. La préoccupation majeure est de survivre dans un climat d’insécurité : la seule force tangible est alors l’Eglise. On assiste à la naissance de la féodalité qui repose sur la puissance de cette dernière. Le christianisme se développe par le biais du latin que seuls maîtrisent les hommes d’église.

C’est le retour à une médecine de culte et de superstition dans les couvents. Le clergé crée des hospices, développe une médecine d’assistance, la recherche diminue. La maladie est une punition divine, le malade est impur, il doit être évité. Mais la maladie est aussi une source de rédemption !!! Le malade est un rejeté en même temps qu’un élu. Il est l’image du péché qui est la cause de sa maladie, mais il est aussi remède et médecin : exemple vivant de la justice divine, directe et foudroyante, qui frappe en lui les fautes dont il ne s’aperçoit même pas. Il incarne le péché, il reproduit l’image du Christ souffrant. En ce temps, c’est surtout le salut de l’âme qui est recherché. L’exercice de la médecine et l’assistance aux malades, considérés comme des œuvres pieuses, ont été placées sous l’égide étroite de l’église. Les premiers établissements hospitaliers sont apparus vers le IV° siècle et se sont multipliés par la suite. Cependant, l’étude de certaines nécropoles atteste de la persistance d’un savoir faire avec notamment amputations et trépanations cicatrisées, bandages herniaires…

« L’infirmitas » est un concept aux limites floues, et les hospices accueillent indifféremment pauvres, malades, infirmes, pèlerins… les hommes d’église ont une obligation de célibat, n’ont pas le droit de faire de chirurgie, de gynécologie ou d’obstétrique. Les épidémies sont considérées comme des punitions divines dont les causes ont des responsables, juifs, lépreux… elles sont d’ailleurs effroyables, la lèpre est endémique, se soldant par l’isolement et la mort civile du sujet, la peste (541-580 et 1346-1353) alternant avec les famines, cette dernière épidémie va détruire en quelques mois plus d’un quart de la population européenne... D’où massacre de communautés juives. Les jeux sont interdits car ils réveillent la colère de Dieu. Le clergé dénonce les malades, toute recherche est hérétique.
Seuls persistent quelques foyers intellectuels actifs, à Salerne et Montpellier. On sait qu’existe aussi en parallèle une tradition médicale profane raréfiée.

Il ne faut cependant pas voir le moyen age comme une période intellectuellement stérile mais plutôt comme une période de gestation :
Après une période de décadence, 450-600, on assiste à un éveil intellectuel progressif, avec circulation et copies de manuscrits+++ : en 590 apparaissent les premiers signes d’éveil intellectuel et culturel dans les monastères. Colomban, moine irlandais, Grégoire le grand, saint Augustin : de nombreux échanges culturels se font entre les structures religieuses, entre monastères de différents pays. A coté des copies de manuscrits, on assiste à l’expansion de la règle bénédictine, au développement d’écoles monastiques, dont certaines sont destinées aux femmes. Dans le même temps, rayonnement de la culture espagnole. Au VII° et VIII° siècles sont enseignés la grammaire latine, l’astronomie, la cosmographie, le calcul.
Par comparaison avec le monde romain, la société carolingienne est une société simple. Charlemagne est un autodidacte ; il va demander la correction et l’uniformisation des livres saints, développer l’usage de l’écrit, demander des écoles pour apprendre à lire aux enfants.
Il veut donner un minimum de connaissances religieuses et former un clergé paroissial décent, donner une instruction correcte aux futurs cadres de la société ; il s’adresse à l’Europe entière !!! En 800, Charlemagne distribue ses états entre ses fils, comme un bien de famille. A l’époque, l’Empire Franc est fait de vastes espaces en friche.
Après Charlemagne, c’est l’Eglise qui relaie l’activité de l’empereur. Il y a besoin d’écoles publiques ouvertes à tous. La société Franque commence à compter des hommes instruits. Les abbayes bénédictines jouent un rôle important ; elles contiennent des bibliothèques, des écoles, des ateliers de copie. La règle bénédictine impose 1500 heures de lecture par an. Des manuscrits sont déplacés pour être copiés, entre Irlande, Angleterre, Italie. Il fallait alors une écriture claire et facile à tracer. A l’époque, lecture et écriture n’étaient pas liées. L’écriture restait une tache spécialisée réservée à une infime minorité. Il n’y avait pas de personnalisation de l’écriture, elle se faisait dans les scriptoria, ou ateliers spécialisés, où naît l’art de l’enluminure. Il y avait donc de nombreuses fautes dans les copies.
Il fallut du temps pour organiser et implanter cet enseignement élémentaire. Les apports de la renaissance carolingienne furent les suivants :
- L’amélioration de la compréhension des textes religieux par le moyen de traduction et de corrections, car il y règnait une certaine confusion ; c’est Alcuin qui établira le texte unique souhaité par Charlemagne.
- L’humanisme carolingien : la science n’est elle pas aussi la découverte de l’ordre mis par Dieu dans l’univers ?
La langue dominante va rester longtemps le latin, qui a triomphé sur la langue des francs, par le biais de transformations, pour aboutir à un latin vulgaire, éloigné du latin classique. Au VI° et VII° siècles, on parle un latin décadent. De nouvelles langues apparaîtront vers le VIII° (latin/ administration/ culture, lingua romana parlée, non écrite, langue germanique).
Il n’y a que très peu de production littéraire, pas de pensée philosophique, ni scientifique. On peut dire de la renaissance carolingienne que, partant de bases très primitives, elle va mettre en place l’infrastructure d’un mouvement culturel, notamment par le sauvetage de l’héritage antique. Donc, malgré la décomposition de l’empire qui suit la mort de Charlemagne, le flambeau pourra être repris.

L’ESSOR DES UNIVERSITES AU XIII° SIECLE

On a coutume de distinguer au XII et XIII° ce que l’on appelle la première renaissance ; cette époque est marquée par un élan humain formidable, et la création de nouvelles structures institutionnelles.
A partir du XII°, le concile de Clermont ( ) interdit toute activité médicale aux membres des ordres religieux, qui doivent désormais se consacrer entièrement à l’étude de la théologie. La médecine sort ainsi de l’emprise religieuse, en partie, car l’Eglise souhaite continuer à exercer un contrôle sur les structures d’accueil et les centres d’enseignement.
Les écoles monastiques sont remplacées par les universités, institutions sans précédent. (Universitas : forme de vie associative). Ces universités vont être enjeu de pouvoir entre l’église et les princes. Il y a peu de documents sur le XIII° : ont sait pourtant que des privilèges et des statuts garantissent l’autonomie de l’institution, et mettent ses membres à l’abri des exactions des pouvoirs locaux. Le Roi, l’Empereur ou le Pape pouvait octroyer des privilèges.
Il n’y a pas de date précise, mais un changement graduel. Par exemple, les premiers statuts de l’université de Paris ont été imposés par un légat pontifical en 1215, définissant autonomie, cursus, discipline. Ensuite, c’était aux universités de régler leur organisation interne (attention !!! des historiens ont collé des statuts postérieurs sur les universités du XIII° alors qu’il n’y en a pas trace, les plus anciens registres datant du XIV°).

Parallèlement se développent des réseaux provinciaux de studia dans les ordres mendiants, dominicains, franciscains, augustins, avec prééminence de l’enseignement de la théologie, et dotées d’une législation scolaire. On y assiste à la naissance d’une théologie nouvelle.
On peut parler d’une mutation importante du système éducatif dans l’occident chrétien ; une première révolution avait eu lieu un siècle plus tôt avec le déclin de l’école monastique et l’avènement de l’école urbaine, destinée surtout à la formation du clergé local. Dans le tout nouveau système, une place moins importante est laissée aux disciplines religieuses.

Dès la fin du XII°, volonté des papes de contrôler certains centres d’excellence. De leur coté, maîtres ( ) et étudiants refusent de dépendre des autorités ecclésiastiques locales, il deviennent assez nombreux pour former un groupe spécifique, le pouvoir universel des papes et les pouvoirs religieux locaux se trouvent affaiblis. Ces centres étaient source de prestige, aussi bien pour les princes.

Dès le début du XIII°, quelques centres ont une avance considérable :
- Bologne pour le droit,
- Oxford (de 1066 à 1453 les royaumes d’Angleterre et de France ont vécu en étroite symbiose. En 1209, on relève des exécutions sommaires d’étudiants. L’organisation corporative est reconnue par le roi et la religion… grande autonomie et forte cohésion structurelle).
- Cambridge : moins importante que la précédente, statuts de 1250.
- Paris (100000 hts) renommée pour les arts libéraux et la théologie. La ville est marquée par une croissance urbaine, le progrès des échanges, l’augmentation du nombre d’élèves et d’enseignants nécessitant une organisation. Sont enseignés la grammaire, la dialectique, le droit, la médecine. On sait qu’en 1229 éclatent des turbulences des étudiants et des maîtres, avec rixes meurtrières, suivies de grèves, menant à la définition d’un ensemble de privilèges encore appelés « grande charte ». En 1253, fondation de la Faculté de médecine de Paris. Dès sa création, elle se montre soumise à l’orthodoxie religieuse, aux règles de la scolastique, au dogmatisme d’un enseignement purement livresque et traditionnel. Les chirurgiens, considérés comme des manuels, sont exclus de la faculté et contraints de se regrouper en corporations. Les conceptions physiologiques ne s’étaient pas modifiées depuis l’antiquité ; le diagnostic reposait encore sur l’allure de la température, de pouls, l’aspect de la langue et les urines. Les traitements consistaient en plantes, saignées, cautérisations, clystères, et recours aux saints guérisseurs.
- Montpellier, pour la médecine, aura un statut particulier, sous domination espagnole au XIII et XIV°siècle, puis française, indépendante, refuge pour dissidents. La tutelle de l’église y reste modérée. Création de la faculté en 1220.
Droit et médecine s’imposent comme des disciplines supérieures, comme d’authentiques savoirs cohérents ; il règne une atmosphère d’enthousiasme intellectuel. Apparition au fil du siècle du rôle social et politique des universitaires. Cet essor des centres d’enseignement avait pour conséquence la formation de clercs, de juristes, et le développement de procédures écrites.

Donc, en résumé, ces structures acquièrent un fonctionnement autonome, encadré par les autorités politiques et religieuses.
« … le cadre institutionnel, cadre neuf né d’une conjonction assez exceptionnelle dans l’histoire, de la réflexion des maîtres, de l’enthousiasme des étudiants, de l’intérêt des princes et de la sollicitude de l’église… »
Au fil du siècle, on va voir les « artiens » (étudiant les arts libéraux) refuser de plus en plus la tutelle des théologiens,et commencer à s’en démarquer de plus en plus avec des statuts différents. Dans le même temps, arrivée des ordres mendiants, qui instaurent des structures parallèles.
Les étudiants se regroupent par matière, en facultés, avec un doyen : en 1264 pour la théologie, 1267 pour la médecine et le droit.
En 1257, Robert de Sorbon, maître séculier en théologie, fonde la Sorbonne.
La deuxième moitié du siècle voit une stabilisation des programmes et des diplômes.
De 1270 date le plus ancien programme connu en médecine.
Des conflits réguliers éclatent entre séculiers et ordres mendiants.

Dans le même temps, la conception du malade se modifie : on opère désormais une distinction entre vrai et faux pauvre, malade, infirme ; les hôpitaux ne doivent pas accueillir les malhonnêtes. Ceci va de pair avec la différenciation des taches imposée par l’église. Ils restent cependant un espace institué pour réaliser l’obligation de charité/ avènement des ordres hospitaliers.
Le médecin, formé dans les écoles peut être payé pour sa préparation et son travail. On l’a vu, son comportement est jugé par l’église, qui détermine ses péchés : maladresse, négligence.
Ce n’est qu’au XIV° que les médecins entreront dans les hôpitaux, leur donnant peu à peu une image nouvelle, celle du lieu où l’on soigne. Les moines continuaient à soigner dans les infirmeries des monastères.

A propos des dissections : il est souvent dit qu’une bulle du pape, au début du XIV° avait interdit les dissections ; le pape Boniface interdisait, plus probablement les profanations de sépulture. En Italie, des dissections humaines sont attestées dès le début du XIV° et on encourage les étudiants à y assister. Elles sont souvent faites en public ; Guy de Chauliac en encouragera la pratique lors de son retour d’Italie, notamment sur les cadavres des condamnés à mort exécutés.

A propos des chirurgiens barbiers :
Dissociés des médecins. Pratiquaient la saignée. Suivaient un apprentissage ; traitaient les dents, les blessures légères, les hernies, les fractures, les maladies vénériennes. Leur revenaient également les amputations, les abcès, la coupe des cheveux et de la barbe… ils s’organisaient en guilde, la première étant la confrérie de saints Cosme et Damien.
Leur statut varie selon les pays. En Italie, dès le XI°, on peut trouver des chirurgiens affectés aux armées.
Dans l’est de la France, dès le XIII°, artisans médicaux instruits appelés chirurgiens, entre médecins et barbiers dans la hiérarchie. Dès le XV° école de chirurgie à Strasbourg ?

Quelques noms :
- Guillaume de Salicet : 1210- ? ; enseigne la médecine à Bologne. Il s’intéresse à la médecine et à la chirurgie ; il aura pour élève Mondeville.
- Arnaud de Villeneuve, 1238- ? : catalan. Etudie médecine et philosophie à Barcelone, Paris, Montpellier, Salerne, et Naples ; polyglotte, il accède aux textes anciens. Il sera médecin des rois et des papes. Contesté pour ses opinions théologiques. Après sa mort, ses traités de théologie furent brûlés en place publique. Il exerça la chirurgie et la médecine, et fut un des grands maîtres de l’école de Montpellier. Il s’intéressa aussi à l’alchimie et à l’astrologie.
- Pietro d’Albano, 1250-1316
- Henri de Mondeville, 1260-1320 : chirurgien de Philippe le Bel : travaux sur la cicatrisation des blessures. Disciple de Théodoric, qui affirme que la suppuration n’est pas nécessaire à la cicatrisation. Il a étudié à Paris, Montpellier et Bologne. Il s’efforce de réduire le fossé entre médecins et chirurgiens. Le ton polémique de son œuvre fit qu’elle ne fut pas adoptée.
- Mondino dei Luzzi, 1275-1326. Originaire de Bologne, il y enseigne la médecine. Professeur d’anatomie il fit de nombreuses dissections, et souligna l’importance de cette pratique.
- Guy de Chauliac, 1300-1368 : homme d’église il étudia à Montpellier, Bologne et Paris, où il se perfectionna en chirurgie. Médecin des papes, il a fait d’intéressantes constatations au cours de l’épidémie de peste noire de 1348. son œuvre, « cirurgia magna » dominera la chirurgie pendant les deux siècles suivants, la chirurgie n’étant pas enseignée ou peu jusqu’alors ; pourtant, il resta partisan de la suppuration. Avancées surtout dans le traitement des fractures, par attelles et par mise en traction au moyen de poids. Il insiste sur la connaissance de l’anatomie, la pratique des dissections, et sera à l’origine de la création en 1396 d’un enseignement en latin par les chirurgiens parisiens.

A cette époque, les premières armes à feu apparaissent, avec leurs importants délabrements, faisant croire qu’elles sont empoisonnées. Faut il amputer au milieu de la gangrène ou au dessus, faut il cautériser ou ligaturer ces amputations ? Ambroise Paré, parmi d’autres, répondra à ces questions.

Un petit mot sur l’anesthésie : elle est connue dès le XII° mais peu répandue ; l’éponge soporifique, jus de jusquiame, opium et chanvre indien, posée sur les voies respiratoires du patient. Perdure jusqu’au XV-XVI puis abandonnée en raison de la difficulté des dosages ; temps mort jusqu’au XIX° !!!!

LEXIQUE

- Clerc : Littré : par opposition à laïque, toute personne qui étudie pour entrer dans l’état ecclésiastique. Mais aussi tout homme lettré (par extension, autres fonctions, notaire …). Académie 1762 : « celui qui par la tonsure est entré dans l’état ecclésiastique ». Furetière : « savant, jeune homme destiné à l’état ecclésiastique, tonsuré ». La Curne, XIII° : pris pour chanoine. Depuis les premiers temps du christianisme, le célibat est recommandé ; obligatoire à partir du concile de Trente.
- Eschatologie : de eschatos dernier et logos discours : ensemble de doctrines et de croyances portant sur le sort ultime de l’homme et de l’univers.
- Musée : lieu où l’on cultivait, sous le patronage des muses, la connaissance et les lettres.

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